Comment êtes-vous devenu dessinateur ?
Il faudrait remonter à l’enfance pour bien répondre à cette question.
C’est indéniablement le plaisir éprouvé à la lecture des bandes dessinées dès le plus jeune âge. Une fois un livre terminé je prenais une feuille de papier et re-dessinais l’histoire à ma façon. Je voulais vraiment dessiner comme ces auteurs. Je pensais que si je pouvais dessiner comme eux alors je pourrais raconter aussi mes propres histoires. Au fil des ans il a résulté de cette pratique une relative habileté dans le maniement du dessin.
Et quand le choix d’une orientation scolaire a été à faire je me suis dirigé vers des études de graphisme en publicité. L’école d’Angoulême n’existait pas encore et la publicité était à peu près la seule filière qui s’offrait à un graphiste.
Le choix de devenir professionnel a-t-il été difficile à faire ?
Non c’est quelque chose qui a toujours été clair dans mon esprit. Enfant je ne voulais être ni pompier ni gendarme mais dessinateur.
Quand vous êtes arrivé en Finlande, avez-vous pu directement exercer votre profession ?
Quasiment immédiatement, oui. Aidé il est vrai par un préjugé favorable: être un dessinateur français ET parisien est perçu souvent, à tort ou à raison, comme une garantie de qualité.
Comment avez-vous commencé à travailler pour Helsingin Sanomat ?
J’eus la chance lors de mon arrivée en Finlande, il y a bientôt 9 ans, d’arriver en période d’élections présidentielles. Je faisais alors la tournée des rédactions avec mon dossier sous le bras. Et le rédacteur en chef de “Suomen Kuvalehti” eut le flair professionnel de me confier la
couverture du magazine, je devais y représenter les candidats en lice. Je la réalisais avec l’ingénuité du nouveau venu et elle attira l’attention des gens de ma profession.
Cette couverture m’ouvrit les portes d’Helsingin Sanomat: j’y fus reçu avec un “Ah mais c’est vous qui avez dessiné ça!” J’avais l’impression d’être le dessinateur-mystère.
Je réalisais d’abord quelques illustrations pour eux dans le cadre du supplément “Kuukausiliite”. A la même époque une partie de l’équipe était déjà mobilisée à concevoir un supplément hebdomadaire -ce qui allait devenir “Nyt”.
On me présenta alors à ceux qui allaient devenir mes scénaristes et on nous demanda de créer une bande dessinée pour les besoins de ce nouveau magazine.
Pensez-vous que le public que vous touchez par le biais des albums ou par le biais du journal est différent ?
Je crois que nos albums nous permettent d’élargir encore plus notre lectorat. Si “Nyt” touche plus particulièrement un lectorat plutôt jeune et urbain, les 20-30 ans, j’ai été agréablement surpris dans les séances de dédicaces de voir également un grand nombres de lectrices de 50 ans et plus. Cette diversité me ravit!
A votre avis, les Finlandais et les Français ont-ils le même rapport à la bande dessinée ?
Tout à fait, il y a eu grand nombres de projets et de publications communes. Les dessinateurs de “l’Association” sont venus exposer à Helsinki il y a quelques années. En retour ils ont traduits en français Matti Hagelberg -entre autres, la dessinatrice Roju a étudié à Angoulême, etc.
Il se peut que cette affinité soit le fait d’une “école” intimiste dont on retrouve les principaux représentants justement en France et en Finlande.
Quels artistes ou quels dessinateurs vous ont influencé ?
George Grosz, le satiriste-peintre allemand de l’Allemagne de l’entre-deux guerres, fut une véritable révélation de mon adolescence.
Sa production couvrait tout le spectre de l’aventure graphique: des dessins politiques, de grandes peintures de critique sociale mais aussi des portraits, des natures mortes. Tout cela dans un style imprégné de culture populaire et des grands mouvements artistiques des années 1900 comme le cubisme et le futurisme.
Ça m’a guéri de pas mal de complexes.
Vous lisez toujours des bandes dessinées ? Si oui, lesquelles ?
Je “lis” très peu de bandes dessinées en fait mais j’ai au quotidien toujours une pile d’albums sur ma table à dessin que je consulte en même temps que je travaille, à la recherche de telle ou telle solution à un problème graphique ou narratif.
Généralement quand je trouve le temps je préfère m’attacher à la lecture d’un roman. En tant que graphiste on doit assimiler, analyser, disséquer au quotidien une importante quantité d’images. Il s’agit aussi de savoir en réguler le flot.
Comment pourriez-vous présenter votre travail à nos lecteurs qui ne le connaissent pas?
On pourrait présenter “Naisen Kanssa” comme un manuel d’instructions pour la vie en couple.
Mais ce serait alors comme un de ces manuels pour appareils hi-fi vous savez: directement traduit du japonais.
Le travail à trois est-il toujours facile ? Comment procédez-vous ?
C’est plutôt plus facile de travailler à trois: les faiblesse momentanées de l’un peuvent être compensées par les autres.
Teppo et Mikael, les scénaristes, se réunissent régulièrement et dégagent plusieurs thèmes, plusieurs idées. Avec ce matériel Teppo écrit un scénario qu’il me fait alors parvenir. Libre à moi ensuite sur la base de ce texte de l’illustrer et le découper à ma guise. C’est très souple en fait comme méthode de travail.
Avez-vous été traduit ?
Je crois que ma maison d’éditions, Nemo, a une traduction en suédois en préparation. Mais je n’en sais pas plus pour l’instant. C’est un aspect de mon travail dont je n’ai pas le temps de m’occuper personnellement.
Utilisez-vous toujours un crayon ou l’avez-vous remplacé par un ordinateur?
La question aurait pu être: utilisez-vous toujours du papier?
Car j’utilise toujours un crayon mais c’est un crayon électronique. Le papier est remplacé par une tablette graphique, une surface sensible sur laquelle tout mouvement tracé par un crayon électronique est retranscrit immédiatement sous forme de lignes ou de couleurs sur l’écran de
l’ordinateur.
J’utilise l’ordinateur depuis 7 ans environ. C’est l’outil qui me convient le mieux et je ne regrette en rien le temps où j’utilisais encore le papier.
L’ordinateur a considérablement étendu le champ d’action des graphistes. Je peux aujourd’hui moi-même concevoir dans leur totalité la couverture de mes albums, cette tâche revenait toujours à une tierce personne il y a encore quelque années.
Si vous deviez citer LE dessinateur français que vous préférez…
Il n´y a pas vraiment UN dessinateur que je préfère à d’autres mais j’aime certaines oeuvres de certaines personnes.
J’ai par exemple énormément d’admiration et de respect pour les dessinateurs de la “vieille” école: Poïvet, Gillon, Dimitri.
On a du mal à l’imaginer aujourd’hui mais quand au début des années 60 Gillon publiait quotidiennement dans France-Soir sa série “13, rue de l’Espoir”, elle était suivie avec autant de fidélité et de ferveur que le sont de nos jours certains “soap-opera” télévisuels.
Et LA bande dessinée française que vous préférez…
Un album de Moebius: “le Garage Hermétique”. Une histoire improvisée durant 3 années. C’est d’une incroyable liberté dans le graphisme, dans le récit.
Le souffle d’une réelle inspiration émane de cet album.
On a récemment vu une adaptation au théâtre de Viivi et Wagner, y avez-vous songé pour Naisen Kanssa ?
Je dois avouer que non. La non-linéarité de notre série, le fait qu’il n’y a pas de dialogues demanderait une véritable réécriture en vue d’une théatralisation. Cela me parait difficile, mais pourquoi pas.
Plus concrètement nous étudions en ce moment les possibilités d’une adaptation en dessins animés. Les essais réalisés à ce jour sont plutôt convaincants. Je crois que c’est dans cette direction que nous allons poursuivre nos efforts.

















































