Quand et comment a été créé le groupe?
Le groupe a été crée “sur commande” en 1998. Nous formions à l’époque un groupe de Rock-Fusion et un festival Lillois dénommé “Plus de Bass” nous a proposé de jouer une version dub de nos morceaux. “Jungle Beanz in dub” faisait ainsi sa première apparition sur scène et devait se transformer en “Ten Dubians” quelques mois plus tard.
Le quintet initial, étoffé de nombreux invités a pris l’allure d’un collectif dub avant de se stabiliser autour de sept personnes.
D’où vient le nom du groupe?
“Dubians” est construit sur le mot Dub, style de musique inventé par King Tubby en Jamaïque. Sur une base de reggae l’ingénieur du son applique des effets (reverb, delays…) sur les instruments de son choix. Il reconstruit le morceau en décidant de muter ou de valoriser tel ou tel instrument. Le suffixe “ians ” évoque une communauté d’individu (j’ai d’ailleurs découvert qu’il existait une tribu nommée dubians!). “Ten Dubians” désigne donc 10 individus parmi cette communauté de “dubbers”. Aujourd’hui le groupe s’appelle tout simplement “Dubians”. Une façon plus directe de marquer notre attachement à cette approche musicale si particulière et de signifier que nous sommes effectivement une sorte de “tribu”, une famille…
Quels musiciens vous ont influencés?
Les maîtres du reggae (Bob Marley, Gladiators, Burning Spear), du dub (King Tubby, Lee Perry, Mad Professor, Zion Train, Adrian Sherwood…) mais aussi beaucoup d’autres influences diverses : la soul, le funk, la salsa, le jazz…
Quels sont les aspects positifs et négatifs quand on est musicien en France?
Il parait que le monde nous envie notre statut d’intermittents. Quand j’ai commencé à jouer sur scène, on m’a souvent dit que j’avais de la chance, qu’il y avait plus de salles et d’opportunités de jouer qu’avant. Mais aujourd’hui on assiste au mouvement inverse : remise en cause du statut d’intermittents, fermeture de salles et de clubs, gels de budget, association asphyxiées notamment par la fin des emplois jeunes, etc… Quoiqu’il en soit, ici comme ailleurs, il est difficile d’être musicien, surtout lorsqu’on s’inscrit dans un courant alternatif, peu connu par le grand public.
Quelle(s) image(s) avez-vous de la Finlande et des Finlandais?
Des images d’Epinal : l’aurore boréale, de charmantes petites maisons en bois, des lacs et des forêts à perte de vue, l’architecture et le design moderne, un système social fort. En réalité, nous connaissons peu les pays du nord sinon par le cinéma qui recouvre les clichés d’images plus contrastées. Il me semble également que toute une mythologie nordique imprègne notre “inconscient collectif”.
Connaissez-vous la musique finlandaise / des artistes finlandais?
Leningrad Cow-boys et le quatuor de violoncelles qui reprend du Metallica. J’imagines qu’il y a beaucoup d’autres choses mais on y a pas facilement accès alors que certains groupes d’autres pays du “grand nord” sont assez connus ici, comme Esbjörn Svensson Trio, Bugge Wesseltoft, Wibutee, NHOP… D’une façon générale, on garde l’image d’une avant garde du Jazz et des musiques électroniques. Le cinéma est aussi un peu représenté avec par exemple Kaurismäki dont j’ai beaucoup aimé “L’homme sans passé”.
Comment pourriez-vous définir votre style musical?
C’est du reggae-dub (voir définition plus haut), nous tenons à la double appellation car certains groupes de dub français jouent un dub qui ne repose pas sur une base reggae. Nous associons instruments acoustiques (batterie, percus), amplifiés (claviers, basse, guitares) et électroniques (synthés), d’où un son “dubiologique”. Enfin notre spécificité vis-à-vis de la scène dub française réside dans la très chaleureuse voix de Naïma. En concert comme sur disque l’ensemble est mixé, “dubbé” : les interventions de l’ingé-son (reverb, delay, phaser…) font parti intégrante de la musique.
Avez-vous le sentiment que votre style musical a beaucoup changé au coursdes années?
Le son a un peu changé entre le premier album “Headfree” et le deuxième “Time has come” qui comporte un peu plus de textures électroniques. Il est aussi plus varié au niveau des textures acoustiques (sax baryton, alto, soprano, vibraphone) et comporte une “excursion” jungle.
Avez-vous déjà envisagé de changer totalement de style musical?
Non, pour cela nous ferions un autre groupe. Nous voulons continuer dans la mouvance reggae-dub, ce qui n’exclut pas une évolution ou certaines associations.
Quels sont les sujets que vous abordez dans vos chansons?
C’est Naïma qui écrit les textes. Ils évoquent souvent les problèmes de notre temps : l’écologie, la pauvreté, le développement des idées xénophobes, les mariages forcés… ; certains textes sont inspirés d’expériences personnelles : comment s’autosaboter ou distiller des ondes négatives autour de soi. Au fond, on peut parler d’une interrogation sur le mieux vivre individuel ou collectif.
Quel est, dans votre répertoire, le titre que vous préférez?
J’aime beaucoup “Smoke” dans l’album Headfree et “Monster” dans l’album Time has come.
Faites-vous régulièrement des tournées?
Oui, mais ce ne sont pas de longues tournées qui s’étalent sur un mois complet ou plus. Nous tournons régulièrement le week-end (jeudi, vendredi, samedi). Certaines périodes sont plus fastes que d’autres.
Préférez-vous la scène ou le studio? Pour quelles raisons?
Difficile de choisir entre les deux, c’est tellement complémentaire. Le travail de studio est une construction qui s’étale sur un moyen terme, c’est exaltant et éprouvant : il faut savoir trancher, choisir, renoncer, assumer. La satisfaction et les petits regrets arrivent en fin de course jusqu’au moment de la sortie de l’album où on ne sait plus quoi penser. La scène nous plonge dans une autre temporalité : environ deux heures pour ravir le public, le faire voyager et surtout danser. Nous recherchons l’énergie, l’échange ; un concert c’est face à face, on initie le dialogue, mais c’est la réponse du public qui détermine l’évolution du concert.
Pendant la préparation d’un titre ou d’un album, quelle est l’étape que vous préférez?
Le moment de l’enregistrement est certainement le plus intense, mais pour cette musique là, je crois que c’est le mixage. Nous mixons par petits groupes de 2 ou 3 personnes. Tout le monde s’implique. En fait, le mixage est aussi intense que l’enregistrement.
Quelles musiques écoutez-vous en ce moment?
Nucleous Roots, Vibronics, le dernier album d’Adrian Sherwood pour le reggae-dub, Wibutee, Cinematic Orchestra pour l’électro-live, Bad+ (jazz un peu déjanté), le remix de l’album reggae de Gainsbourg…
Que pensez-vous d’internet en tant que musiciens et compositeurs?
C’est un media intéressant car plus accessible que la télé, la radio ou la presse. Tout le monde peut y prendre place même si tout le monde ne peut pas avoir la même visibilité. Quoiqu’il en soit, internet offre des possibilités de travailler sur des réseaux, de les créer. Tous les amateurs de dub de la planète peuvent communiquer, partager des infos, les groupes peuvent se faire connaître auprès d’un public disparate géographiquement et inaccessible sans grosse machine médiatique. Je crois qu’internet rend mieux compte de la diversité du monde, ce que les grands médias font peu.
Pensez-vous qu’Internet représente une réelle menace pour les artistes (au sujet des droits d’auteurs)?
Il faut relativiser la menace. Les passages en radio, télé, les concerts génèrent des droits d’auteurs. Les pressages de disques aussi. Si ces pressages diminuent, les droits d’auteurs diminuent aussi mais les autres sources demeurent. Par contre ce sont les Royautés qui sont affectées et plus généralement l’industrie du disque. Un groupe comme le notre ne vit pas grâce aux ventes d’albums mais surtout des concerts. Mais si la vente de nos disques n’est pas satisfaisante, il sera plus difficile de trouver un label qui accepte de sortir un nouvel album. Or, il faut un album pour tourner…
Quels sont vos projets?
Après la sortie du deuxième album Time has come, nous travaillons sur des remix. Nous avons fait appel à Mad Professor, Neil Perch (Zion Train), Zenzile, Manutension, Vibronics, et nous projetons de demander à plusieurs chanteurs de poser des voix sur le morceau “Gaya”. Tout cela devrait sortir en vinyle ou sur CD.
Seriez-vous prêts à venir dans le “Grand Nord” pour faire quelques concerts?
Bien sur, ce serait merveilleux, aucun d’entre nous n’a mis les pieds dans un de ces pays et il nous plairait beaucoup de venir vous “réchauffer” un peu. D’autant plus qu’après avoir beaucoup joué en France, nous tournons notre regard vers l’étranger, que ce soit sous forme d’une distribution ou d’une tournée. A bon entendeur…
















































