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June , 2013
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Arnaud du groupe Jack The Ripper

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Quand et comment avez-vous décidé de devenir musicien?
De manière générale, nous avons commencé en autodidactes. Il y a une douzaine d’années. Deux frères et un ami. Le groupe a grandi au fur et à mesure pour s’établir dans sa formation définitive en 1996, sous le nom JACK THE RIPPER.

Quels musiciens ou artistes ont eu une influence majeure sur votre vie / travail?
L’influence vient en majeure partie de la musique anglo-saxonne. De groupes des années 80, comme Bauhaus, Nick Cave and the Bad Seeds, à des songwriters comme Leonard Cohen, Tom Waits ou plus récemment Sixteen Horsepower, Calexico, Tindersticks.
Les textes de l’Angleterre victorienne : Oscar Wilde, Lord ByronŠ ne nous laissent pas insensibles. On peut ajouter Jean de La Fontaine, Lautréamont ou Cocteau pour ne pas s’exclure de l’hexagone.

Quels sont les aspects positifs et négatifs dans le fait d’être musicien en France?
On parle beaucoup du statut d’intermittent du spectacle en France du fait qu’il est en danger. Il est vrai que ce système est unique. Pour avoir discuté avec les musiciens de Venus (Belgique) ou de Tindersticks (UK), ils nous font réaliser la chance que les artistes Français ont de pouvoir en bénéficier. La mobilisation pour sauver ce statut est donc essentielle. C’est à ce jour encore (pour combien de temps?) un aspect positif pour les musiciens ayant l’opportunité de jouer souvent.

Un aspect est maintenant terriblement agaçant et nous concerne directement, c’est la chasse à l’anglais. Depuis la loi des quotas érigée par le ministre de la culture J. Toubon il y une petite dizaine d’années, il est quasi-impossible pour un groupe français chantant en anglais d’être diffusé en radio, ou même de trouver une maison de disques, un éditeur. Seules quelques petites structures indépendantes s’y risquent encore. Par passion pour la musique et pour la liberté de choix. Ce problème est également unique en France. En Allemagne, Belgique, Scandinavie, EspagneŠ le problème de la langue ne se pose pas. Si ça plait, on diffuse! Nous avons d’ailleurs décidé d’auto produire notre premier album ‘The book of lies’ car on en avait marre de s’entendre dire : “c’est bien, mais l’anglais c’est pas pour nous!”

Connaissez-vous la musique finlandaise ou des artistes finlandais?
À l’âge de 12 ans, j’ai écrit une nouvelle parlant d’un homme solitaire. Il était Finlandais. Vivant seul dans une hutte au nord du pays. Son rêve était d’aller jusqu’à Ikaaliner. Il imaginait que là tous ses rêves pourraient se réaliser.
Dix ans plus tard, j’ai vu arriver un bus de touristes provenant directement d’Ikaaliner. Je me suis pressé pour voir à quoi ressemblaient ces gens. Eux n’avaient pas l’air de se soucier de moi et ont poursuivi leur chemin. J’ai ensuite rencontré une Finlandaise, à l’âge de 24 ans. Elle était d’Helsinki, et nous y sommes allés un été. Elle m’a présenté Marita Kula, qui est assez connue je crois. Nous avons bu et chanté ensemble pendant quelques heures. Elle avait une voix enfantine des plus intrigantes. Un peu plus tard, nous sommes allés dans un bar et à ma grande surprise je vis mon idole de jeunesse : Andy Mc Coy en personne, sur une chaise roulante. Grâce à son amie j’ai pu l’approcher… mais il avait l’air d’être dans d’autres sphères. Ses narines percées semblaient celles d’un taureau enragé. Je lui dis que je possédais ses « Teenage Twins » albums. Et il a haussé les épaules, prétendant que tout le monde le connaissait en France. Je lui ai dit que je n’étais pas tout le monde. Et puis il est parti voir Mike Monroe faisant son come-back. C’était assez cruel! Je venais de devenir un orphelin musical.
Un autre groupe que j’apprécie est SMACK. Claude a une voix féline irremplaçable qui démarquait son groupe de n’importe quel autre groupe stupide de Heavy Metal. Toutes leurs chansons ne sont pas excellentes, mais certaines me font vaciller à l’instar de celles de Joy Division.

Comment pourriez-vous définir votre style musical?
C’est du rock qui voudrait tordre le cou aux clichés du rock.  Du cabarock peut-être, cette question n’a jamais trouvé l’ultime réponse.

Avez-vous le sentiment que votre style musical a beaucoup changé au cours des années? Comment percevez-vous ces changements et comment les expliquez-vous?
Depuis le début et heureusement, notre style a évolué, s’est affirmé, personnalisé. D’un aspect plutôt sombre, voire gothique, il s’est largement ouvert. L’arrivée d’Adrien au violon et de Nicolas à la trompette a contribué à élargir l’éventail des influences (musique de l’Est, cabaret, tzigane) pour les mélanger à une base qui puise encore dans le rock. On l’entend déjà sur le premier disque “The book of lies”. Et le deuxième “I’m coming” confirme cette évolution.

Avez-vous déjà envisagé de changer totalement de style musical?
A changer totalement : NON! Ce qui n’empêche pas la remise en question. Aérer les morceaux, les simplifier ou perturber les séquences rythmiques. Utiliser de nouveaux instruments, de nouvelles sonorités.
Mais nous n’avons pas encore décidé de faire de la chanson française pour passer à la radio.

Quels sont les sujets ou les thèmes que vous abordez dans vos chansons?
Les textes sont tous écrits par Arnaud, le chanteur.
Chaque chanson est comme une histoire courte qui va chercher ses références dans la littérature (Hamlet Song / Dog meets wolf) ou dans la mythologie. Elles mettent en scène des personnages parfois humains, d’autres à tête et à corps d’animaux. Les thèmes proviennent des sentiments ou du questionnement psychique. Pas de politique, pas de chanson engagée L’amour perdu, le diable, Dieu, les voyages intérieurs, un environnement très onirique. Et les décors sont plutôt sibériens que sahariens.

Quel est, dans votre répertoire, le titre que vous préférez?
“La femelle du requin” qui ouvre I’m coming, “Feral Buddleia”, “So”.
“In a bar with Billy Kunt”, “Son off”, “Libération” sur Book of lies, probablement.
Sur scène, “Party in downtown”, “Haunted”, “The assassin” sont très agréables et libératrices à jouer.

Faites-vous régulièrement des tournées?
En 2002, nous avons été “élus” Talent scène des découvertes du Printemps de Bourges.
Suite à ça nous avons eu la chance de trouver un tourneur : l’Olympic. Les concerts ont dépassé Paris et l’Ile de France. Avec les premières parties de Venus, International Noise Conspiracy, Yann Tiersen et même Renaud!! Rennes, Nantes, Strasbourg, Lyon et la campagne française. Tout ça est délicieux. Le mythe du camion sur la route et jouer devant des publics différents dans des salles parfois à moitié vides, parfois l’inverse et parfois pleines. Chaque date est particulière.

Préférez-vous la scène ou le studio?
Le travail en studio est intéressant, mais assez difficile pour les nerfs. Le résultat est toujours modifiable et il est dur de mettre un point final à un morceau. “I’m coming”, de plus, a été enregistré en très peu de temps. Nous sommes nombreux. Il a fallu se répartir les tâches.
La scène est plus amusante et motivante pour la spontanéité, l’adrénaline qu’elle apporte. Nous avons d’ailleurs commencé par la scène.

Pendant la préparation d’un titre ou d’un album, quelle est l’étape que vous préférez?
Le moment où tous les musiciens se sentent à l’aise avec le morceau. Ça peut se produire en trente minutes ou en six mois. On préfère 30 minutes.

Quelles musiques écoutez-vous en ce moment?
Pendant que je réponds à ces questions : Labradford, sinon Godspeed, Silver Mount Zion, Pergolese, Tiger Lillies ou John Cale.

Que pensez-vous d’Internet en tant que musiciens et compositeurs?
Nous restons très attachés au disque en tant que tel. Nous ne téléchargeons pas. Certes Internet aide à la diffusion des groupes et de leur musique, mais tout devient très vite n’importe quoi. Une amie a même trouvé ‘The book of lies’ en six exemplaires gravés dans une boutique-bazar de Hanoi au Vietnam. Remarquez c’est plutôt flatteur.

Pensez-vous qu’Internet représente une réelle menace pour les artistes (au sujet des droits d’auteurs)?
Pour l’instant, c’est évident. Même si l’artiste ne gagne quasiment rien sur un disque vendu. En contrepartie, les disques sont hors de prix. Trop chers pour tenter un coup. On achète au compte-goutte, sans surprise.

Quels sont vos projets?
Nous travaillons actuellement sur le troisième album qui devrait sortir d’ici une petite année (début 2005) toujours chez Le Village Vert. Et puis, quelques concerts : St Etienne - Les Chorus des Hauts de Seine - l’Elysée Montmartre à Paris avec le groupe Luke, et puis Poitiers - Clermont Ferrand. Nous répétons également avec un quatuor à cordes pour proposer d’autres styles de concerts (une date le 8 mai 2004 au théâtre Montansier de Versailles - très bel endroit!)
Et une musique de court-métrage : “Le yeux ouverts” de Julie Gousty, sur laquelle Alex, le pianiste a plus particulièrement travaillé.

Seriez-vous prêts à venir dans le “Grand Nord” pour faire quelques concerts?
Of course!

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