Vous souvenez-vous quand vous avez décidé, pour la première fois, de devenir écrivain?
Je n’ai aucune vision-éclair d’un tel moment. Pendant toute mon enfance j’ai beaucoup lu et beaucoup écrit. Je découpais des photos dans les journaux féminins (en général des photos de femmes – et j’écris toujours aujourd’hui principalement sur les femmes), je les collais dans un cahier, je leur inventais des noms et des destins fantastiques. Récemment, j’ai retrouvé entre les pages d’un livre de cuisine de ma mère disparue un exemple de ma production menée à son terme. En une seule page une femme se réveille, trouve à ses côtés un homme assassiné portant le nom de Mike, pousse un cri et se précipite pour appeler la police. La petite fille de 8 ans avait une écriture tout aussi vacillante que le début de l’histoire !
Était-ce une décision facile à prendre?
La décision n’était pas seulement facilement à prendre, elle était inévitable. Mais je ne peux vraiment pas dire que cette décision était facile à mettre en pratique. J’ai écrit mon premier roman avec obstination pendant 10 ans. Ce qui a certainement retardé le processus, c’est que je vivais une époque de ma vie où j’avais beaucoup de choses à faire, les enfants me donnaient beaucoup de travail et aussi mon gagne-pain de journaliste. Je ne voudrais en aucun cas parler du métier d’écrivain d’une manière romantique, mais je crois que ceux qui aboutissent à ce métier souffrent en quelque sorte d’une maladie qui les pousse à écrire.
Quels auteurs ont eu une influence dans votre travail et dans votre vie?
J’aime par exemple Anne Tyler, Anita Brookner et Carol Shields. Et aussi Fay Weldon à laquelle j’ai été parfois comparée du point de vue du style. Un des écrivains qui m’a le plus marquée sur le plan du style est à mon avis Frank Mc Court avec son livre « L’ange du Septième escalier ». Je l’ai lu justement à un moment où je me battais avec mon propre style d’écriture, je me débattais avec la question de savoir si on peut – et de quelle façon - écrire de manière drôle. J’aime bien aussi Max Frisch et Oscar Hijuelok. Ils ont un regard d’hommes sur les petites choses qui sont souvent dans la vie étonnamment importantes.
Quels sont les avantages et les inconvénients d’être un écrivain en Finlande?
Ce qui est positif, c’est que les Finlandais lisent beaucoup et semblent estimer les écrivains, presque trop même. Ce qui est négatif, c’est que chez nous aussi, la majeure partie des écrivains doivent pour se maintenir en vie avoir un travail à côté. On ne vit pas toujours nécessairement de l’écriture. Le fait que le finnois soit une petite langue provoque aussi parfois en nous presque un sentiment de claustrophobie. Pourquoi n’écrivez-vous donc pas en anglais… Ou pourquoi pas en espagnol ou en français?
Quelle image avez-vous de la France et des Français?
La France, je ne serais sûrement pas très originale, en vous disant que la première chose qui me vient indubitablement à l’esprit, c’est la nourriture. Les vins, les fromages, les bistrots, une nappe à carreaux. La beauté de la vie quotidienne et la culture de la conversation en France. L’élégance des femmes françaises. Le fait que d’exercer une activité professionnelle en-dehors de la maison ne soit pas pour elle-même le baromètre absolu de leur intelligence, comme ici dans les pays nordiques.
Connaissez-vous la littérature française?
Je ne la connais sûrement pas aussi bien qu’elle mériterait sûrement de l’être, surtout celle des dernières années. Chez nous aussi, le monde de l’édition est dominé par la toute-puissance de la littérature anglo-américaine, ce qui est dommage. Mais la littérature française ne m’est pas complètement étrangère. La première Française dont j’ai fait la connaissance, Juliette Benzoni, m’a enseigné, alors que j’étais une toute jeune fille, que la différence entre les hommes et les femmes a quelques avantages aussi………Un peu plus tard, je me suis familiarisée avec Françoise Sagan, Georges Simenon, Marguerite Duras, Jean-Paul Sartre, Albert Camus. J’aimais aussi beaucoup les livres de Michel Tournier. Mes écrivains préférés sont cependant des classiques plus anciens comme Romain Rolland et François Villon.
Avez-vous un auteur français ou un livre français favori?
Si je devais en citer un, ce serait sûrement « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir.
Quels sujets aimez-vous aborder dans vos livres?
Je suis intéressée par les relations à l’intérieur de la famille et par l’influence de l’enfance sur la vie ultérieure des gens. Je suis aussi intéressée par mes consoeurs - la psychologie féminine est un champ de recherche infini. Je veux aussi écrire sur la beauté de la vie quotidienne et ses sens cachés. Et plus généralement je pense qu’on peut presque rire de tout.
Comment pourriez-vous définir votre style?
Mon style est connu pour être difficile à analyser. Selon mon éditeur, je mets en avant les aspects essentiels de la vie d’une femme « avec précision et drôlerie ». Les critiques de mes livres me considèrent généralement comme une sorte d’humoriste ironique. Grâce à Dieu, moi ou mon style, sont peut-être difficile à ranger dans un tiroir quelconque. Bien que de l’avis de beaucoup j’écrive des choses drôles, il y a aussi dans mes livres un fond sérieux. J’ai écrit sur le divorce, sur la stérilité et sur le fait de rester veuve, par exemple. Humoriste sérieuse?
Avez-vous envisagé de changer totalement de style?
Changer de style implique peut-être qu’il soit suffisamment objectif pour être remplaçable par quelque chose d’autre. J’observe en général le monde plutôt à travers l’humour noir et je ne crois pas qu’il me soit possible de me débarrasser si facilement de cette habitude lorsque j’écris. Ce serait amusant parfois d’écrire pourquoi pas un roman policier – par exemple retrouver le meurtrier de Mike ! Il faut bien sûr tenir compte du fait qu’il est assez vain pour une humoriste d’attendre une « vraie » grande reconnaissance littéraire, mais je ne peux pas modifier ces jugements – et il serait cependant encore plus difficile de changer ma propre voix.
Comment écrivez-vous? Suivez-vous des règles strictes ou bien écrivez-vous quand l’inspiration vient?
J’ai essayé d’intérioriser ce vieux refrain que l’inspiration c’est surtout une musculation assise. C’est-à-dire que l’écrivain de métier ne reste pas là à attendre une manifestation intérieure mystérieuse mais va s’asseoir devant sa machine et commence à écrire. Quand je fais le plan d’un livre, je réfléchis assez précisément aux personnages et à leurs caractères et aux principaux traits de l’intrigue. Ensuite je m’asseois chaque matin devant ma machine et je commence à écrire. En général, le temps d’écriture efficace est de 3 heures par jour. L’inconscient a modelé le texte, il est prêt et il commence à couler de quelque part. Quand cela se passe vraiment très bien c’est presque quelque chose de fantomatique, comme une écriture automatique.
Quand vous travaillez sur un livre, quel est le moment ou l’étape que vous préférez?
Dans l’écriture, le meilleur moment est celui où le livre est encore en grande partie inachevé, mais où l’on voit cependant qu’il va en sortir quelque chose. On éprouve toujours une certaine tristesse à quitter un livre terminé. Un moment merveilleux, c’est quand on voit comment sera la couverture. Et la panique la plus totale vous frappe quelques jours avant la parution du livre, quelle horrible bouillie est-on allé encore écrire – et bientôt tous l’auront entre les mains !
Quels livres ou auteurs avez-vous lu récemment?
Pekka Tarkka : La vie de Pentti Saarikoski , volume 2
Virpi Hämeen-Antiila : « L’année du loup »
Juhani Salokannel : « La même famille »
Matti yrjänä Joensuu : « Harjunpää et le méchant pasteur”
Allison Pearson : “Kate Ready”
Patricia Cornwell : “Blow fly”
Veikko Huovinen : »Lentsu »
Quel est votre livre préféré?
Au risque de perdre définitivement ma réputation d’intellectuelle, je révélerais que j’aime beaucoup « Les pêcheurs de coquillages » de Rosamunde Plicher. Dans sa propre catégorie, c’est un livre très réussi, chaleureux et dense. J’aime la manière de Pilcher de décrire son milieu familial et les petites joies des gens.
Que pensez-vous d’Internet en tant qu’auteur?
Je crois que les gens de mon âge en tout cas et les personnes plus âgées veulent encore feuilleter les pages d’un livre. L’importance d’Internet en ce qui concerne la littérature ne fera que grandir pour les générations plus jeunes, c’est évident.
Pensez-vous qu’Internet pourrait, d’une certaine façon, changer le processus traditionnel de publication?
Dans l’avenir cela peut bien arriver. Le bon côté d’Internet, c’est qu’il rend possible l’interactivité, le texte est transmis de l’auteur au lecteur sans intermédiaire. (Bien sûr on peut poser la question de savoir si le texte ainsi créé est aussi achevé et réfléchi que dans le cadre d’une publication traditionnelle. J’ai entendu de nombreux lecteurs se plaindre que les livres sont à leur avis assez chers, en ce sens la littérature sur le Net serait plus démocratique – en tout cas pour le lecteur. Internet apporte des possibilités intéressantes, mais je ne le vois pas, du point de vue de qui que ce soit, comme une panacée du processus d’édition, vers laquelle il faudrait absolument tendre.
Quels sont vos projets?
En ce moment j’écris mon troisième roman. A un moment donné, ce serait aussi agréable de publier un livre sous la forme d’un journal intime sur mes expériences de vie à l’étranger. Mon mari est fonctionnaire au Ministère des Affaires étrangères et dans les années qui viennent nous vivrons à l’étranger, pour l’instant, en Bulgarie. Je resterai cependant principalement en compagnie de mes romans. J’espère que mon inspiration et que les muscles de mes fesses supporteront cette situation favorablement.
















































